Est-ce que ça vous est déjà arrivé ? Vous fermez une conversation avec une IA et quelque chose ne va pas. Pas techniquement. Quelque chose de plus discret. Une légère tension dans le ventre. Ou au contraire, une sensation bizarre d’avoir été vraiment écouté·e — par une machine.
Je pose cette question de plus en plus souvent. En séance de sophrologie, dans mes ateliers, dans mes formations sur l’IA. Et les réponses me confirment quelque chose : on ne parle pas encore assez de ce que le corps ressent face à l’intelligence artificielle.
Quand je parle d’énergie, je ne parle pas de quelque chose d’ésotérique. Je parle de tout ce qui ne se voit pas à l’œil nu, mais que le corps capte avant même que l’esprit ait eu le temps de l’analyser. L’amour, c’est une énergie. La confiance aussi. La méfiance aussi. Vous ne les pesez pas — vous les ressentez. Certains dans le ventre, d’autres dans la poitrine, d’autres au niveau du plexus. C’est le propre de chacun·e, et c’est ce que la sophrologie respecte avant tout : l’écologie de la personne.
Alors la vraie question, celle qui m’occupe : qu’est-ce qui se passe en vous quand vous confiez vos pensées les plus intimes à une machine ?
La machine-confidente : je comprends, et c’est là le problème
Je ne vais pas vous juger. Vraiment pas. Parce que je comprends.
La thérapie coûte cher. Elle n’est pas remboursée. Et environ la moitié des personnes qui viennent me voir me racontent, avant même de parler d’elles-mêmes, une mauvaise expérience avec un thérapeute. Une intrusion. Un jugement. Une séance dont elles sont ressorties encore plus mal qu’en arrivant. Ce genre d’expérience laisse des traces — et ça, ça pousse naturellement vers une solution qui semble, elle, sans risque.
Une IA disponible à 3h du matin. Qui ne coupe pas la parole. Qui ne soupire pas. Qui ne vous regarde pas avec des yeux qui évaluent. Le phénomène a même un nom aux États-Unis : AI Companion Phenomenon. Des gens qui utilisent l’IA comme partenaire affectif, comme confident, comme soutien quotidien.
Et beaucoup me disent, souvent en culpabilisant : « l’IA m’aide, ça m’apporte vraiment quelque chose. »
Je ne vais pas dire que c’est faux. Mais voilà ce que je dis : l’attrait de la machine révèle d’abord un problème du côté humain. Si autant de personnes se tournent vers un chatbot pour être écoutées, c’est qu’il y a quelque chose qui manque du côté de leur entourage. Et ça, ça mérite qu’on se le dise.
L’effet miroir : impressionnant, mais insuffisant
L’IA a une vraie force — je la reconnais sans détour. Elle est capable de détecter des patterns, ces schémas répétitifs que vous ne voyez plus parce que vous êtes dedans.
Vous lui racontez vos deux dernières histoires d’amour. Elle remarque que vous dites « je t’aime » au bout de deux semaines, que vous vous installez au bout de trois mois, que les ruptures se ressemblent. Elle vous le restitue. Et vous trouvez ça impressionnant, parce que personne ne vous l’avait jamais dit aussi clairement.
Un bon thérapeute l’aurait vu lui aussi — mais l’IA, elle, n’oublie rien de ce que vous lui avez confié.
Sauf que l’IA est fondamentalement programmée pour vous satisfaire.
Elle ne cherche pas à vous faire progresser. Elle cherche à produire la réponse la plus plausible, la plus attendue, la plus cohérente avec ce que vous avez posé comme prémisse. Et quand vous arrivez vulnérable — en cherchant à vous rassurer sur une relation toxique, à valider une décision que vous sentez mauvaise — elle va, la plupart du temps, confirmer ce que vous avez envie d’entendre.
Ce n’est pas de la malveillance. C’est sa nature. Et c’est exactement pour ça que c’est dangereux.
Il y a aussi ce que j’appelle la boîte noire : on ne sait pas sur quelles données l’IA a été entraînée. Personne n’est obligé légalement de nous le dire. Vous lui confiez quelque chose d’intime à une entité dont vous ne connaissez ni les biais, ni l’éthique, ni les intentions sous-jacentes. Et les lois, notamment aux États-Unis, protègent davantage les entreprises qui développent ces outils que les utilisateurs qui s’y confient.
L’IA comme outil. L’humain comme remède.
Je ne suis pas là pour diaboliser. Ce n’est pas mon approche, et vous le savez si vous me suivez.
Ce que j’appelle l’IA humaniste, c’est utiliser la technologie avec discernement, sans se laisser avaler par elle. Curseur à 80% humain, 20% machine. L’IA peut clarifier, aider à formuler, identifier des répétitions, accélérer un processus créatif. Elle peut servir de miroir — si vous lui posez les bonnes questions avec un esprit critique : « donne-moi un point de vue factuel et extérieur » plutôt que « confirme-moi que j’ai raison. »
Mais elle ne peut pas remplacer ce qu’un être humain — un vrai thérapeute, une vraie présence — peut offrir : une écoute sans jugement, un amour inconditionnel, une relation qui traverse les années et les tempêtes avec vous. Quelqu’un qui a lui-même traversé des choses, qui reste vulnérable, et qui choisit quand même d’être là.
La sophrologie reste au cœur de ce que je fais, justement pour ça. Parce qu’apprendre à s’écouter soi-même — à reconnaître ce que le corps exprime avant les mots — c’est reprendre du pouvoir sur ce qui nous influence. Pas malgré l’IA. Avec l’IA. Mais surtout, grâce à soi.
Ce que votre corps sait déjà
La prochaine fois que vous ouvrez un prompt, avant d’écrire quoi que ce soit, prenez trois respirations.
Qu’est-ce que votre corps exprime à cet instant précis ? Un besoin de clarté ? Une fatigue ? Une recherche de validation ?
Cette réponse-là n’appartient qu’à vous. Pas à la machine.
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Illustration créée avec Perplexity
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