Prenez le temps de rêvasser 💭

Vous offrir une séance de sophrologie, c’est un peu comme vous offrir un instant de rêverie — même si, au fond, on va beaucoup plus loin que ça. Quand je repense à ma formation, où l’on devait expérimenter plusieurs protocoles utilisés en sophrologie, je me souviens avoir redécouvert non seulement un contact et une conscientisation du corps, mais aussi le temps de me reconnecter à moi-même à travers des pensées, un imaginaire, un inconscient qui n’avait plus d’espace pour s’exprimer dans mon quotidien.

La triste vérité, c’est qu’aujourd’hui j’entends des clients me dire : « je me couche et je me réveille avec mon téléphone. » Ce qui laisse, au final, très peu de place à cet espace vide qui nous permet de rêver, de penser à autre chose que notre monde immédiat.

Ce que la science dit du vagabondage mental

Scientifiquement parlant, les études sur le daydreaming démontrent les bénéfices d’une pratique que nous avons tous expérimentée dans l’enfance, si nous sommes nés avant l’invention de tous ces outils ultra-connectés. Une étude de référence menée à Harvard a établi que les gens passent en moyenne 46,9% de leurs heures d’éveil à penser à autre chose que ce qu’ils font — même si des travaux plus récents nuancent ce chiffre selon la méthode de mesure utilisée.

Vagabonder dans notre tête peut être bénéfique, et c’est bien prouvé :

  • Une tâche peu exigeante qui laisse l’esprit flotter améliore significativement la résolution de problèmes créatifs, comparée au repos total ou à une tâche absorbante.
  • Le réseau du mode par défaut, actif pendant ces moments de repos mental, joue un rôle clé dans la consolidation des souvenirs à long terme.
  • Ce même réseau soutient la pensée auto-référentielle et la projection dans le futur — autrement dit, notre capacité à nous imaginer, à planifier, à créer du sens.

Cette rêverie a de véritables vertus cognitives qu’il ne faut surtout pas oublier à une ère où l’intelligence artificielle prend toujours plus de place, et où l’on délègue une part croissante de nos capacités cognitives à la machine.

L’ennui, une ressource qu’on a désertée

La réalité d’aujourd’hui est difficile à lire : nous passons la majorité de nos « pauses » à scroller sur notre téléphone au lieu de justement vagabonder dans notre tête — ce qui serait pourtant bien plus bénéfique. Le mécanisme est simple : dès qu’un blanc apparaît dans la journée — file d’attente, trajet, pause café — le réflexe est de sortir le téléphone plutôt que de laisser l’esprit flotter. Le cerveau est ainsi privé des phases de « repos actif » qui activent ce réseau du mode par défaut dont on vient de parler.

Le plus impressionnant, c’est une étude qui démontre que l’usage du smartphone augmente l’ennui au lieu de le réduire : on constate plus de fatigue chez les participants après usage, pas moins. Un nouveau concept a même émergé pour décrire ce phénomène : le « digital daydreaming », qui désigne l’usage compulsif et quasi-réflexe de nos smartphones comme substitut à la vraie rêverie mentale.

Or l’ennui qu’on expérimentait avant l’arrivée du smartphone était là pour une raison : il nous aidait à être plus inventifs, à gagner en perspective.

Un paradoxe qui coûte cher

Cette raréfaction de la rêverie pose un vrai problème : moins de rêverie spontanée signifie moins d’incubation créative, une consolidation mémorielle moins efficace, et un système attentionnel qui ne se régénère jamais vraiment. Le paradoxe est frappant : on cherche à combler l’ennui pour se sentir mieux, mais cette fuite permanente vers l’écran entretient en réalité un ennui plus profond et prive le cerveau de bénéfices cognitifs réels.

Retrouver l’espace de rêverie

On explore ces solutions ensemble, en séance de coaching et de sophrologie. Voici déjà quelques clés pour commencer seul :

  • Réintroduire volontairement des temps morts sans écran (transport, attente, marche) pour laisser resurgir la rêverie spontanée.
  • Pratiquer des tâches peu exigeantes (marcher, faire la vaisselle, jardiner) qui favorisent l’incubation créative sans solliciter l’attention complète.
  • Accepter l’ennui plutôt que le fuir systématiquement au smartphone, puisque la recherche montre que cette fuite aggrave la fatigue mentale au lieu de la soulager.
  • Distinguer rêverie bénéfique et rumination : le mind wandering vers des pensées négatives ou anxieuses n’apporte aucun bénéfice de bien-être, contrairement à une rêverie orientée vers des projets ou souvenirs positifs.

En avons-nous besoin ? La réponse scientifique est nuancée mais penche clairement vers oui : le vagabondage mental n’est pas une perte de temps, mais un processus cognitif actif, indispensable à la créativité, à la mémoire et à la projection de soi — à condition qu’il reste équilibré et ne bascule pas dans la rumination anxieuse.

Sources anglophones utilisées pour cet article :

  • Killingsworth, M. A., & Gilbert, D. T. (2010). A Wandering Mind Is an Unhappy Mind. Étude Harvard sur 250 000 points de données, référencée via Science News et Scribd/Harvard Gazette
  • Seli, P., et al. (2018). How pervasive is mind wandering, really? — PubMed, remise en question du chiffre « 30-50% » de mind wandering
  • Baird, B., et al. (2012). Inspired by Distraction: Mind Wandering Facilitates Creative Incubation — PubMed
  • Researchdiscovery.drexel.edu — The default mode network: where spontaneous thought meets memory consolidation
  • PMC (2025) — Default Mode Network Functional Connectivity as a… sur la pensée auto-référentielle et la projection de soi
  • Buckner, R. L., & DiNicola, L. M. — The Brain’s Default Network and its Adaptive Role in Internal Mentation — PMC
  • Wilms, R., et al. (2021). Fatigue, boredom and objectively measured smartphone use — Royal Society Open Science
  • Tam, K. Y. Y., et al. (2024). People are increasingly bored in our digital age — PMC
  • Wiley Online Library — Digital daydreaming: Introducing the spontaneous smartphone checking scale
  • Camerini, A. L., et al. (2023). Boredom and digital media use: A systematic review — ScienceDirect

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